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Le Temps - 2021-06-11

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L’OSR renaît avec Beethoven et Chung

Culture

SYLVIE BONIER @SylvieBonier MYUNGWHUN CHUNG CHEF ET PIANISTE

Pour ses deux concerts test à 500 personnes, l’OSR a fait vibrer le Victoria Hall avec Myung-Whun Chung à la baguette et au piano C’était la fête des grands soirs, mercredi au Victoria Hall. Bien que la salle n’ait été remplie qu’à un petit tiers de sa contenance, le public et les musiciens ont eu l’impression d’une foule en liesse. A l’issue de la 3e Symphonie de Beethoven, particulièrement bien nommée «Héroïque» tant la traversée du désert musical a été difficile pour la culture, l’enthousiasme tenait de la catharsis. Imaginez: entendre pour la première fois le célèbre Coréen à la tête de l’orchestre romand dans deux oeuvres magnifiques de Beethoven, cela tenait du miracle après tous ces mois de mutisme. D’autant que le chef, aussi pianiste, s’est joint aux deux premiers solistes de l’OSR Bogdan Zvoristeanu au violon, et Léonard Frey-Maibach, fraîchement arrivé au premier pupitre des violoncelles, pour former le trio solistique. Une reprise «en grand» Le Triple concerto de Bethoven est une pièce à la fois hybride et totale. En reliant la musique de chambre pour trio avec piano à l’orchestre symphonique, le compositeur traite les instrumentistes en solistes, mais les intègre aussi dans la masse. L’équilibre parfait tient dans l’entente des trois musiciens en lice, et dans leur capacité à fusionner en une symbiose intime. Pour le premier des deux concerts, l’émotion de tous était palpable, avec la pression engendrée par l’aspect exceptionnel de cette reprise «en grand». Si l’ensemble du «Triple» a été décliné sans accroc, c’est aussi sans flamme, ni caractère spécifique qu’il s’est déroulé. Bogdan Zvoristeanu, fiable et solide, n’a pas livré beaucoup de personnalité dans son jeu bridé par l’enjeu. Léonard Frey-Maibach, à la sensibilité et au lyrisme beaucoup plus libres, a parfois franchi quelques lignes de justesse. Quant à MyungWhun Chung, tout à ses deux activités de chef et de soliste, il a avancé droit au clavier entre les reprises en mains de l’OSR. La situation n’était pas très favorable à l’indispensable écoute des trois solistes, qui requiert plus d’exclusivité. C’est seul sur l’estrade, pour aborder «l’Héroïque», que Myung-Whun Chung a pu se concentrer sur l’OSR. La direction «à l’ancienne» du chef, qui privilégie le fond sur la forme en partant de basses ronflantes pour déployer des lignes de chants dans la souplesse et la lenteur, a spécialement fait florès dans le deuxième mouvement. La marche, tragique plus que funèbre, a semblé s’engloutir dans un océan de désolation. Le temps long Tout est mesuré sous cette baguette qui n’a pas peur du temps long. Le geste de MyungWhun Chung est plus apollinien que dionysiaque, prométhéen qu’épicurien. Mais il porte haut la grandeur de Beethoven, si universel et humain. Une vision large et puissante, qui, si elle pouvait parfois sembler un peu épaissie par des tempos étirés, a attisé le flambeau beethovénien. ■

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