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Le Temps - 2021-06-11

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Une cinquantaine de PME sacrifiées

Finance

ALINE BASSIN @BassinAline

Quelque 50 entreprises ont obtenu, récemment encore, une certification en Suisse pour leurs dispositifs médicaux. Depuis le 26 mai, la Commission européenne ne reconnaît plus ce papier en signe de représailles Gabegie, chaos ou, puisqu'on est en Suisse, «petchi». Les qualificatifs ne manquent pas dans le milieu des technologies médicales (medtech) pour décrire le flou qui règne depuis le 26 mai, lorsque le Conseil fédéral a signé l'arrêt de mort des négociations sur l'accord-cadre. Ce même jour, la Commission européenne a fait savoir à Berne qu'elle ne reconnaîtrait plus les certificats émis en Suisse pour les dispositifs médicaux, à la faveur d'un changement de réglementation pour ce secteur. La conséquence a été quasi immédiate pour l'entreprise biennoise MPS-Precimed. Le 3 juin, son distributeur européen lui apprenait qu'il ne pourrait plus accepter ses produits, en regard de la décision européenne. A l'instar de 53 autres medtechs, MPS-Precimed a fait certifier ses produits utilisés en chirurgie auprès de SQS qui a fourni ce décompte au Temps. Jusqu'en mai, cette société a été la dernière en Suisse à être habilitée à octroyer des sésames européens pour les dispositifs médicaux. Des sésames qui, désormais, ne sont donc plus reconnus dans l'UE quelle qu'ait été leur date d'émission. Selon les experts de la medtech, le pronostic vital de certaines de ces entreprises est clairement engagé, car leur mise en conformité va prendre de nombreux mois. SQS n'a-t-elle pas trop tardé pour avertir sa clientèle du risque encouru? «Notre compréhension juridique était que nos certificats seraient toujours valables, argue Julia Jäckle, membre de la direction élargie de la société. Elle était étayée par un avis de droit d'un organisme spécialisé dans le droit européen. D'ailleurs, le Conseil fédéral estime toujours que la décision de la Commission européenne est illégale. Ce n'est pas une question de validité de nos certificats, mais de reconnaissance.» Le Conseil fédéral pointé du doigt «On peut tout de même un peu se demander si SQS n'a pas fait preuve de légèreté en laissant planer le doute jusqu'au dernier moment.» Ce patron d'une petite entreprise romande active dans la medtech préférera rester anonyme pour livrer le fond de sa pensée. Déjà mis sous pression par la pandémie, il ne cache pas que son entreprise se retrouve «sur le fil du rasoir». A l'instar des autres PME concernées, a-t-il lui-même péché par excès de confiance? «Peut-être que certaines entreprises ont été un peu imprudentes, répond Kim Rochat, cofondateur de la société de conseil Medidee. Mais pour moi, c'est surtout le Conseil fédéral qui a failli à son obligation de sauvegarder les intérêts de l'économie nationale, selon l'article 94 de la Constitution.» Dans le milieu de la medtech, tout le monde s'accorde en effet à pointer du doigt le comportement de l'exécutif, soupçonné d'avoir sacrifié une poignée d'entreprises sur l'autel de la politique. ■

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