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Le Temps - 2021-06-11

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Renforcer l’alliance des démocraties

Débats

FRANÇOIS NORDMANN

Il faudra sans doute d'autres réunions semblables à celles de cette semaine pour rétablir pleinement la confiance entre le président des Etats-Unis et ses homologues de l'Union européenne. Certes le ton est plaisant: le retour à la Maison-Blanche d'un président entouré d'une équipe de professionnels et lui-même doté d'une vaste et longue expérience est un soulagement pour ses partenaires – il suffirait d'imaginer ce que seraient les rendez-vous de cette semaine avec le G7, l'UE et avec l'OTAN si Donald Trump avait été réélu! Mais les «malentendus transatlantiques» ne datent pas d'hier: il existe un contentieux commercial et douanier que l'UE et les EtatsUnis vont s'efforcer de régler au cours des prochaines semaines. Joe Biden a mis en avant l'intérêt national de son pays, ce qui est normal, et revendique la qualité de chef de l'Alliance, traditionnellement exercée par Washington. Il est vrai que la place était vacante et qu'Emmanuel Macron avait tendance à se parer de quelques attributs de ce leadership. Au G7, les débats seront centrés sur le réchauffement climatique, la généralisation des vaccins à travers le monde et l'amélioration des services mondiaux de santé publique, sur le commerce international et sur la taxe fiscale mondiale récemment entérinée par les ministres de l'Economie. Surtout, Joe Biden, secondé par l'hôte du sommet de cette année, Boris Johnson, premier ministre britannique, entend mettre l'accent sur l'Alliance des démocraties qu'il prône depuis le premier jour de sa campagne présidentielle. Inspiré par l'ouvrage de deux professeurs de Harvard, Steven Levitsky et Daniel Ziblatt, Comment les démocraties meurent, paru en 2019, le président des Etats-Unis veut renforcer la capacité des Etats démocratiques à réagir à la double menace qui pèse sur eux – celle provenant de la montée en puissance de la Chine et de son modèle autoritaire, avec son disciple russe, et celle, plus insidieuse, des Etats et des mouvements illibéraux qui se servent souvent des institutions démocratiques pour les subvertir de l'intérieur: ils citent le cas de la Pologne, de la Hongrie, de la Turquie. Les coups d'Etat sont moins fréquents de nos jours, mais démagogues et extrémistes de tous bords s'en prennent aux institutions démocratiques, aux juges, aux enseignants, à la presse et imposent graduellement leur volonté à l'Etat. Nos auteurs citent de nombreux exemples, récents ou plus anciens, en Amérique latine et en Europe, de Mussolini à Hugo Chavez. «Les règles du jeu applicables à la technologie ou au commerce au XXIe siècle doivent être écrites par les démocraties et non par la Chine ou les pays autoritaires», déclare la Maison-Blanche. C'est dans cet esprit que l'Australie, l'Inde, la Corée du Sud et l'Afrique du Sud ont été invitées à se joindre à la réunion du G7. On peut même se demander si ce thème prioritaire de l'administration américaine ne sera pas évoqué lors de l'entretien du 15 juin prochain entre le président Biden et M. Guy Parmelin, président de la Confédération. Les pays européens sont en principe favorables à cet objectif commun, soit la protection des régimes démocratiques, notamment face aux assauts des complotistes ou des semeurs de haine et de désinformation sur les réseaux sociaux: c'est aussi l'une de leurs préoccupations. Mais ils ne souhaitent pas pour autant en faire une croisade contre Pékin. La Chine se pose en rivale des Etats-Unis et tend à leur ravir l'hégémonie mondiale notamment dans le domaine des technologies de pointe. La partie américaine souhaite mobiliser plus d'engagement de ses alliés dans ce combat. Ce sera l'un des sujets phares des sommets de l'OTAN et de l'UE, qui devraient dénoncer la politique chinoise de répression à Hongkong et à l'intérieur, et d'expansion territoriale en mer de Chine, tout en cherchant des terrains d'entente dans la lutte contre le réchauffement climatique. Toutefois, à la différence de la Russie, la Chine n'est pas perçue comme un adversaire de l'OTAN. Les Alliés partagent largement cette analyse, ils divergent cependant sur les mesures à prendre, les Européens étant généralement plus enclins à préserver leurs relations économiques avec Pékin.

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