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Le Temps - 2021-06-11

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L’économie européenne est à la traîne

Débats

CHARLES WYPLOSZ

La gestion de la crise sanitaire aux Etats-Unis a été catastrophique et s'est soldée par un nombre terrifiant de victimes. Mais, sur bien d'autres aspects, l'Europe a failli, et continue de faillir. Joe Biden n'a pas seulement bénéficié des erreurs scandaleuses de son prédécesseur pour remporter l'élection, il profite aussi de mesures prises avant son arrivée à la Maison-Blanche, qu'il a très intelligemment amplifiées. L'avance des Etats-Unis sur l'Europe en matière de vaccination est spectaculaire. Elle a permis de faire reculer l'épidémie alors même que les mesures de distanciation étaient moins sévères qu'en Europe. Le mérite en revient d'abord à l'administration Trump qui a garanti un accès privilégié aux vaccins en finançant très tôt la recherche. Il revient aussi à Biden qui, dès sa prise de pouvoir, a dégagé les moyens financiers nécessaires à une campagne de vaccination efficace et rapide. Nous sommes très fiers, en Europe, des mesures budgétaires prises pour protéger la population et les entreprises frappées par les décisions de confinements et de distanciation. Les résultats sont éloquents. Le chômage a peu augmenté, les faillites ont baissé, la pauvreté a été largement contenue. Sur tous ces points, les résultats sont nettement moins bons aux Etats-Unis. Le chômage a explosé et on a vu réapparaître les soupes populaires comme au temps de la Grande Dépression. Mais ce constat mérite d'être affiné. En proportion de leurs tailles respectives, les Etats-Unis ont dépensé beaucoup plus d'argent public que l'Europe. Au lieu de subventionner le maintien d'emploi des employés confinés, les Etats-Unis ont laissé le chômage grimper brutalement, mais ils ont augmenté les allocations, à la fois au niveau fédéral et à celui des Etats. Trump a envoyé des chèques substantiels à tous les citoyens (il a même essayé d'y faire apparaître sa signature, sans succès). Alors que les Européens ont aidé les entreprises par des mécanismes de prêts bancaires garantis, les Américains ont versé des aides directes. Le résultat est qu'en dépit d'une récession spectaculaire, le revenu moyen des ménages n'a pas baissé en Europe, et il a augmenté aux EtatsUnis, même si les inégalités se sont creusées. Cette différence de stratégie, qui reflète une vision différente de l'économie, est en train de faire sentir ses effets. La reprise est arrivée plus vite et elle est plus vigoureuse aux Etats-Unis, pas seulement grâce à la rapidité de la campagne de vaccination. Le décalage va s'accentuer dans les mois qui viennent, en partie parce que l'administration Biden a considérablement accru les dépenses budgétaires alors que les Européens jouent à se faire peur avec leurs dettes publiques, d'autant plus qu'ils redoutent, à juste titre, de devoir payer les garanties de prêts lorsque nombre d'entre eux ne seront pas remboursés. Les pays membres de l'Union européenne se rassurent avec l'arrivée du fonds de relance commun, mais ces fameux 750 milliards d'euros, qui seront déboursés lentement, palissent en comparaison des 1900 milliards de dollars annoncés par Joe Biden. Une autre raison de la vigueur de la reprise américaine est que les chômeurs américains sont particulièrement désireux de retrouver un emploi alors que les Européens sont toujours employés et payés, mais travaillent à un rythme réduit, ce qui est confortable. Les faillites d'entreprises aux Etats-Unis ont créé un vide que cherchent à remplir au plus vite les entrepreneurs. En Europe, les entreprises d'avant la crise sont toujours en place et peuvent s'y maintenir grâce aux prêts garantis qui courent toujours, même si elles ne sont pas les mieux adaptées au monde d'après-crise. Tout cela fait que, dans les deux ou trois ans qui viennent, l'économie américaine va être beaucoup plus dynamique que l'économie européenne. On avait déjà observé le même décalage après la crise financière de 2008. En Europe tout est plus doux, ou moins dynamique, selon le point de vue.

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