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Le Temps - 2021-06-11

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Emmanuel Macron, chef des armées

International

RICHARD WERLY @LTwerly

Le président français a tenu jeudi une conférence de presse à l'Elysée. Juste avant, le jeune qui l'avait giflé en début de semaine avait été condamné à 4 mois de prison Faire oublier le président vulnérable, visé mardi par une «tentative de gifle» – selon l’expression de l’Elysée lors d’un déplacement dans la Drôme pour rencontrer ses concitoyens: assis derrière un bureau blanc dans la salle des fêtes du palais de l’Elysée, Emmanuel Macron a, hier après-midi, soigné sa posture de chef de l’Etat en prise avec les affaires du monde. «Ensauvagement des esprits» condamné Ce moment de communication avait été choisi pour des raisons diplomatiques: dès vendredi, il rencontrera Joe Biden au G7 de Carbis Bay, puis à Bruxelles, aux côtés de ses partenaires de l’OTAN (Alliance atlantique) et de l’Union européenne. Il s’agissait donc de démontrer, par cette prise de parole, que la France a des exigences en matière de sécurité, de gouvernance de l’internet et de commerce, alors que la sortie de la pandémie se dessine. Difficile, toutefois, d’oublier le «gifleur» de Tain-l’Hermitage. Agé de 28 ans, Damien T.., attiré par les sphères royalistes et d’extrême droite, a été condamné jeudi en comparution immédiate à 4 mois de prison ferme. Retour, devant une centaine de journalistes convoqués au palais présidentiel, à la politique avec un grand P, et aux enjeux mondiaux. Après une déclaration liminaire néanmoins liée à l’actualité. Plutôt que de répondre tout de suite aux questions, le président français a d’abord dénoncé la prolifération de la «haine en ligne», et redit son inquiétude sur les atteintes portées à la démocratie sur les réseaux sociaux où l’on est, selon lui, «en train de reconstruire le pire». Il faut lutter contre «un ensauvagement des esprits et de la communication et donc un ensauvagement de notre nouvel ordre public mondial, a asséné Emmanuel Macron. Je crois pouvoir dire que l’utilisation de ces réseaux est l’exact contraire de ce que ceux qui les ont créés voulaient, et ils menacent par leur fonctionnement notre vie démocratique. Il ne faut pas s’étonner que des gens, lorsqu’ils sont dans la rue, se mettent à avoir le même comportement qu’ils ont des heures durant lorsqu’ils sont derrière ou sur leur téléphone.» Manière de faire, d’emblée, le lien avec l’épisode de la Drôme. Et ce, sans lui donner de l’importance en soi. «Je pense qu’il ne faut rien accepter des débordements à l’égard de celles et ceux qui représentent une autorité publique, a commenté le président. Mais je ne veux pas exagérer la portée de cet acte.» Pour le reste, deux annonces majeures sont ressorties de cette nouvelle intervention médiatique du président français, très présent dans la presse ces dernières semaines. La première a concerné le dispositif militaire en place au Sahel, où Paris entretient près de 5000 soldats dans la force Barkhane, fer de lance du dispositif anti-djihadiste. Problème: le délitement politique se poursuit dans les pays de la région. Le Burkina Faso est sous tension. Un nouveau coup d’Etat vient d’avoir lieu au Mali. Le président Tchadien Idriss Déby a été récemment tué au combat. Résultat? La France doit en tirer les conséquences. Les opérations conjointes avec l’armée malienne seront suspendues. «La forme de notre présence n’est plus adaptée à la réalité des combats, a expliqué Emmanuel Macron. On ne peut pas souffrir l’ambiguïté […]. Je ne sais pas expliquer aux parents d’un soldat français tombé sur le champ d’honneur que je renvoie ses frères d’armes aux côtés de l’armée qui décide de négocier avec leurs assaillants. Cette ambiguïté, elle existe et, tant qu’elle n’est pas complètement levée, je ne peux pas reprendre des opérations communes et je ne le ferai pas.» Plaidoyer pour une Europe forte Vis-à-vis de son homologue Joe Biden – qui a entamé jeudi à Londres sa première tournée européenne comme président –, le chef de l’Etat français a réitéré sa demande d’une remise à plat de l’Alliance Atlantique. «L’OTAN aujourd’hui est dans une situation qui nécessite une très grande clarification stratégique a-t-il détaillé, refusant de diaboliser le président russe, Vladimir Poutine – attendu à Genève le 16 juin –, malgré les tensions entre Moscou et l’Union européenne: «Je pense que l’organisation a besoin de construire un cadre apaisé avec la Russie, exigeant, intraitable lorsqu’il y a des incursions, des cyberattaques, des intimidations, mais qui permette aussi de prendre en compte ce qu’est la géographie de l’Europe.» Et d’affirmer: «Nous ne pouvons pas accepter de revenir à une grammaire qui serait celle de la guerre froide. L’Europe n’est pas simplement un objet ou un territoire de la répartition des influences.» Reste à le démontrer. ■

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